Le « stacking » pour les nuls

Pour les nuls ? Enfin presque, parce qu’il vous faudra quand même des bases solides en macro et pas mal de patience.

Le stacking, si ce terme ne vous est pas familier, est une technique qui consiste à empiler des photos pour créer une profondeur de champ importante, impossible à obtenir dans une image normale. Un peu comme un panorama, mais dans la profondeur.

Tout le problème, n’est-ce pas, ce n’est pas de traiter les images au moyen du logiciel ad hoc, mais de réaliser avec la précision requise les nombreuses prises de vues nécessaires. Vous devez disposer de tranches, de coupes, prises avec un espacement régulier et un léger recouvrement, couvrant toute la profondeur du sujet. Sans trous qui conduiraient à une zone floue fort disgracieuse entre deux zones nettes.

Une solution simple, mais limitée en grandissement

Je vous propose ici une méthode simple, fiable, relativement facile. Et assez différente de ce que vous avez pu lire ailleurs : ma pratique repose entièrement sut un pilotage de l’appareil par logiciel.
J’en pose tout de suite la limite. Ce qui suit n’est applicable qu’avec un objectif autofocus donc motorisé. Cela ne marche pas, à priori, avec le légendaire MPE-65, les objectifs inversés ou les objectifs de microscope au bout d’un soufflet. Pour dépasser le rapport 1/1 fourni par tous les vrais objectifs macro, il vous faudra un jeu de bagues allonges. Pas les simples tubes qui vous font passer en tout manuel, mais des bagues qui conservent les contacts de l’autofocus.

Pour ma part, j’utilise un kit Kenko d’une longueur totale de 68mm. Avec mon 7D et mon 100mm macro fétiche, je taquine grosso-modo le rapport 2/1. L’effet de grandissement des bagues allonges étant inversement proportionnel à la focale, vous pourrez monter un peu au-delà avec un 50mm ou 60mm macro. Vous avez pu voir avec mes images d’insectes (cf le hanneton, le portrait du hanneton, le bousier commun…) qu’en acceptant cette limitation, on peut déjà s’amuser pas mal.

Pour réaliser mes « tranches d’insectes », pas de chariot de mise au point, de système micrométrique ou d’installation compliquée. Je dispose le sujet sur une petite tablette. L’appareil photo est fixé sur un pied bien stable. Pour le confort d’utilisation, j’ai rajouté un rail Manfroto. Mise au point, réglages, déclenchement : tout ceci se fait depuis mon ordinateur. Relié à l’appareil photo par le cordon USB fourni d’origine, prolongé d’une rallonge idoine.

J’ai utilisé successivement pour piloter mon 7D la dernière version des EOS Utilities (mode d’emploi complet) livrée avec mon APN. D’autres choix possibles, avec des fonctionnalités supplémentaires sont DSLR Remote Pro, de Breeze Systems et Helicon Remote, livré avec les versions pro d’Helicon Focus. J’en ai testé les versions d’essai et n’ai pas eu envie, au vu des résultats, de les acheter. Je n’ai pas souvenir que Nikon livre d’office un logiciel permettant la prise de vue à distance, mais Breeze Systems vend une version de son logiciel dédiée aux jaunes.

Préparation de la prise de vue

Je commence par préparer ma prise de vue sur l’appareil photo. Le cadrage ne peut pas se faire depuis l’ordinateur.  Ce cadrage de l’image peut s’avérer un peu délicat si l’on veut une image serrée. En effet, entre le point le plus proche et le plus lointain de l’image, la variation de mise au point va, aux forts grossissements, entraîner une variation de la taille du sujet sur le capteur. Il faut donc bien parcourir toute cette distance l’œil au viseur pour vérifier qu’ il n’y a ni pattes ni antennes coupées. Ou au contraire, qu’aucun objet indésirable n’entre dans le champ. Pour les réglages de l’appareil photo : exposition sur Manuel et mise au point sur AF. Prise de vue en RAW, évidemment.

L’expérience m’a montré que la progression de la pile de prises de vue est plus fiable et régulière en commençant en arrière. Je cale donc l’objectif légèrement en arrière du sujet, juste à l’endroit où toutes les parties utiles deviennent floues. Je connecte l’appareil photo à l’ordinateur et lance le logiciel de pilotage.

La prise de vue depuis l’ordinateur

Voyez ci-dessous une copie d’écran des Canon EOS Utilities.

Le logiciel présente trois fenêtres distinctes, dont deux sont visibles ici. La petite, en forme de télécommande, contient les principaux réglages et le bouton de déclenchement. La grande Live View permet de visualiser ce que capte l’APN et de règler la mise au point. La troisième, Quick Preview, n’apparaît que lorsque une photo a été prise.

Ne vous servez pas de la fenêtre de visée Live View pour apprécier l’exposition de votre image : elle est systématiquement plus sombre que le résultat final. Déclenchez et vérifiez dans la fenêtre Quick Preview. Modifiez les réglages par essais / erreurs jusqu’à un résultat impeccable. Jetez un œil à l’histogramme : je vous conseille d’exposer légèrement à droite pour minimiser la montée de bruit lors du traitement numérique.

En haut de la fenêtre télécommande, une petite icône permet de sélectionner le verrouillage du miroir : à sélectionner systématiquement pour minimiser les vibrations.

Côté diaphragme, je choisis habituellement la valeur optimale pour la qualité d’image de f/8. Travaillant habituellement en lumière naturelle, j’ai le plus souvent, suivant le grossissement, des temps de pose allant de 1/2 à 4 secondes.

La variation de mise au point va se faire avec les petits boutons marqués >, >> et >>>. Notez le repère de l’infini à droite. Comme je travaille habituellement d’arrière en avant, j’utilise le triplet de boutons situé de l’autre côté. Reste à déterminer le « pas » adéquat pour les prises de vues. J’avoue n’être pas encore au top pour ce faire : je suis à peu près sûr que je prends plus de photos que nécessaire. Pour l’instant, j’en suis à 1 clic par vue sur << pour les images un peu au-dessus du rapport 1/1 et à trois clics sur < pour celles proches du rapport 2/1. Ceci est bien évidemment dépendant du diaphragme utilisé. Comme pour les panoramas, il faut que deux images successives se recouvrent un peu pour que le logiciel puisse en faire l’assemblage.

N’arrêtez de prendre des photos que lorsque plus rien n’est net dans votre sujet principal. Il est très facile de s’arrêter trop tôt, gâchant ainsi une longue séance de prises de vues : mieux vaut faire trop de clichés que pas assez.

L’ergonomie en trois fenêtres du logiciel s’avère assez peu pratique : il faut d’abord sélectionner la bonne fenêtre avant de pouvoir lui passer des commandes. Ainsi, les raccourcis claviers qui pourraient être fort utiles sont en pratique inopérants. Et je prends la précaution de cliquer d’abord dans une zone inerte de la fenêtre Live View avant de cliquer sur le bouton d’avance de la mise au point, pour être certain que mon clic n’a pas été mangé par la prise de focus.

Un point qui semble mineur, mais a son importance, est de se prémunir des sources de vibrations extérieures. Bannissez enfants, compagnes, chiens… pendant la séance de prise de vue.

Un bon moment plus tard, me voici à la tête d’une bonne série de fichiers RAW.  À « développer » avec un traitement neutre et peu agressif : contraste minimal, point noir et point blanc au minimum. Reste à effectuer le stacking proprement dit dans le logiciel de votre choix. Le gratuit CombineZ est une bonne option pour se faire la main. Personnellement, j’ai été convaincu par Zerene Stacker et vais acheter ce produit. Nul besoin que je vous explique comment réaliser cette opération de combinaison des images : les sites des différents logiciels proposent des tutoriels fort bien faits. Qu’il est nécessaire d’étudier de près. Pour un résultat optimal, sachez néanmoins qu’une retouche de l’image assemblée est quasi indispensable.

Pour aller plus loin

Documentation

Il y a assez peu de documentation de qualité disponible sur le stacking adapté à la macrophotographie. Pas mal de tutoriels certes, mais souvent très succincts et présentant uniquement la partie assemblage des images, rarement les détails de la prise de vue. Je vous recommande néanmoins quelques lectures complémentaires :

  • La série d’articles fort détaillés de Laurie Knight. Ne manquez pas de voir aussi ses images.
  • Le forum anglophone photomacrography.net auquel participe activement, entre autres, l’auteur de Zerene Stacker
  • Les deux tutoriels video de Zerene Stacker sur la retouche des images
  • Le très, très long échange du fil Studio Stacking sur Le naturaliste, avec beaucoup d’exemples de matériel bricolé
  • Le site de l’un des papes de la question, Charles Krebs
  • Et le tutoriel de Brian Valentine sur le stacking à main levée.

Automatisation

Le logiciel de Breeze systems est accompagné d’une macro pour AutoHotKey, un freeware qui permet d’automatiser le fonctionnement de tous logiciels. Avec DSLR Remote Pro, je n’ai jamais réussi à le faire fonctionner correctement. Mais il y a peut-être moyen de bricoler quelque chose pour automatiser les fastidieuses séquences avance de la MAP – déclenchement ? Cela rendrait l’utilisation plus rapide et plus efficace. Je m’y pencherai à l’occasion.

Diffusion

Je vous donne rendez-vous pour un second tutoriel complémentaire de celui-ci : la réalisation et la mise en ligne des images HD zoomables produites à partir des stackings.


3 commentaires on “Le « stacking » pour les nuls”

  1. Françoise dit :

    Un gros merci d’avoir pris le temps de rédiger ce tutoriel clair et détaillé pour les « presque nuls » dont je ne fais, hélas, pas partie (me classant dans les « plus que nuls » lol!), ainsi que pour les différents liens. Voilà qui donne envie de progresser.

  2. Duchateau dit :

    Bravo pour tes explications claires et précises.
    Très sympa de s’intéresser aux nuls et de nous faire partager tes compétences.
    Ton site est magnifique et que dire de tes Photos toutes plus belles les une que les autres

    Merci à toi
    Claude

  3. Bernard dit :

    Bonjour Pierre,
    Je m’amuse depuis qqn temps avec Helicon Focus, et ton tuto est parfait pour avancer dans ce domaine nouveau mais à découvrir.


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