Reconnaître le flou

Pour assurer notre victoire sur les flous non désirés, il faut commencer par connaître l’ennemi. Et donc distinguer les différentes sources de flou en examinant de près les images ratées.
Ce qui n’est pas toujours aussi aisé que ça. En effet, quand on aborde le domaine des photos prises de vraiment très près, les différents problèmes se combinent les uns aux autres et deviennent assez difficiles à différencier. Ainsi, en vraie macro, un insecte qui remue provoquera vraisemblablement un flou de bougé, mais va aussi sortir du plan de netteté.

D’où un premier conseil. Faites vos gammes en gardant une certaine distance avec vos sujets. Se jeter à corps perdu dans la vraie macro sans s’être aguerri à la proxi est souvent source de déconvenues.

Avertissement

En aucun cas, je ne prétends posséder une connaissance encyclopédique de la photo et du matériel photographique. Je pars strictement de ma pratique personnelle, de mes échecs répétés et de mes beaucoup plus rares réussites en matière de macro. J’utilise un Canon 40D : les indications proposées seront transférables à la plupart des reflex. C’est beaucoup moins évident si vous utilisez un bridge ou un compact.

La règle d’airain : 100%

Il y a, pour juger de la netteté de vos images, une règle intangible. Vous devez les examiner avec un zoom de 100% dans le logiciel de visualisation. En principe, si ce n’est pas net à 100%, c’est… poubelle. Ceci vous permettra d’une part d’éliminer tout de suite les scories et de gagner de l’espace de stockage, d’autre part de choisir entre plusieurs images dont la netteté semble équivalente, celle que vous aller traiter à fond.

Ça avait l'air net, mais à 100% : candidat recalé

Le post-traitement peut améliorer la netteté perçue, mais seulement un peu.

Pour ma part, j’utilise le logiciel gratuit Faststone Image Viewer juste après avoir déchargé ma carte flash. Il permet de visualiser directement la plupart des images au format RAW, de juger de leur netteté et donc d’éliminer avant tout autre traitement les ratées. Pourquoi pas dans Lightroom ou Bridge ? Parce que ce petit visualiseur est considérablement plus rapide à lancer et à utiliser.

Et voilà ce que nous observons avec une image raisonnablement nette à 100% :

Crop 100 % : ce candidat-ci n'a pas été recalé…

Les types de flou

Le flou de bougé de l’appareil

Le flou de bougé de l’appareil se reconnaît habituellement à ce que l’ensemble de l’image est flou, et ce de façon relativement uniforme. Aucune zone vraiment nette où que ce soit. Habituellement, c’est le photographe qui a bougé. Une règle d’or veut que, à main levée, on utilise une vitesse supérieure à 1/focale de l’objectif. Par exemple 1/125e de seconde avec un 100mm. J’y reviendrais en détail.
Une erreur habituelle est le coup du zoom. Je suis au 1/80e avec un 70-200 à 70mm. Pas de problème. Je zoome à 200mm sans changer de vitesse : le flou de bougé est quasi-garanti.
À des vitesses lentes, même sur pied, d’autres causes peuvent entraîner un flou. Un léger tremblement provoqué par le doigt du photographe au moment du déclenchement, les vibrations liées à la remontée du miroir. Ou même un vent violent qui secoue l’ensemble trépied + appareil ! Des propositions de solutions dans l’épisode 2 de ce tutoriel Tu trembles, carcasse !.

Le flou de bougé du sujet

Assez facile habituellement à reconnaître : l’arrière-plan est net, seul le sujet en mouvement est flou. En macro, où l’arrière-plan est de toute façon flou, c’est plus délicat : regardez un élément de feuille, de sol, situé à la même distance que le sujet.
Dans le meilleur des cas, vous n’aurez de flou de bougé que sur une partie seulement du sujet : typiquement une aile, une antenne, une patte, une mandibule.
Et si ce n’est pas le papillon qui a bougé, évidemment, ce peut être la fleur sur laquelle il est perché. Le vent est un ennemi implacable pour le macroteux. Voyez l’exemple ci-dessous : j’étais sur pied, bien stable, mise au point nickel… et hop, un coup de vent. Flou de bougé macro typique : rien de net sur mon image. En photo normale, le fond serait ici net.
Quelques recettes pour limiter les problèmes dans le billet 3 de cette série Pas bouger, sale bête ! Pas bouger !

Saleté de vent !

La mise au point décalée

Le sujet est net, mais pas au bon endroit. Combien de fois vous a-t-on dit de faire la mise au point sur l’œil. Pas si facile. Et le conseil vient souvent de quasi-pros qui trichent un peu. Essayez à l’occasion, possesseurs de reflex d’entrée de gamme, de mettre l’œil au viseur d’un modèle pro. La différence est frappante en terme de clarté, et donc de facilité à faire une mise au point au bon endroit.
Nous reviendrons en détail sur les solutions à cette question dans l’article 4 de ce tutoriel Profondeur de champ ou plan de netteté ?.

Le mauvais choix de diaphragme

Chaque objectif possède une plage de valeurs de diaphragme pour laquelle l’image est la plus nette. Une baisse de qualité d’image évidente se fait sentir sur la plupart des cailloux à pleine ouverture, surtout avec des matériels entrée de gamme. Une baisse de qualité au moins aussi sensible se produit si vous fermez déraisonnablement (au delà de f/16, par exemple) l’objectif, à cause du phénomène physique de diffraction. Je reviendrais sur ces points à l’épisode 4.

Les chemins de la lumière

Tout ce qui se trouve entre le capteur de votre appareil photo et le sujet diminue la netteté de l’image. Que ce soit des cochoncetés sur la lentille de votre objectif, un filtre de qualité douteuse, un doubleur de focale, des particules de poussière en suspension dans l’air, une vitre ou un pare-brise, des herbes devant le sujet…
Les solutions sont habituellement simples à énoncer. Nettoyez vos optiques avec soin, proscrivez les accessoires optiques de qualité médiocre. Ouvrez les fenêtres, photographiez le matin de bonne heure.
Pour les herbes et autres, suffisamment loin du sujet pour être tellement floues qu’elles en deviennent quasi invisibles mais qui font perdre en netteté, j’ai toujours dans une poche de mon gilet une paire de ciseaux universels qui me servent à faire le ménage.

Voyez ci-dessous, sur le museau du lézard, la zone à la fois verdâtre et un peu floue : un brin d’herbe.

Un brin d'herbe mal placé

Dans la même catégorie, je classerais les reflets sur l’objectif, liés à une prise de vue à contre-jour. Dans le pire des cas, vous obtenu du flare, une sorte de brouillard lumineux qui perturbe grandement la netteté de l’image.

La qualité de l’équipement

On vous a dit, bien sûr, que c’est le photographe, et pas l’équipement qui fait la photo. Certes, certes… Mais quand on cherche à obtenir d’excellents résultats dans des domaines un petit peu pointus, la qualité de vos outils entre quand même en ligne de compte.
Tous les mécomptes liés au matériel se reproduisent habituellement sur la quasi-totalité de vos essais de macro.

Les mauvais mariages

Parmi les causes fréquentes de déboires, je citerais tout d’abord les mariages mal assortis. Mettre un objectif d’entrée de gamme sur un boîtier très exigeant, c’est la déception garantie. Pour prendre un exemple simple, si vous mettez sur un Canon 7D un zoom bon marché, vous allez inéluctablement obtenir des résultats médiocres. Plus le capteur a de pixels, plus l’objectif doit être de qualité. Si vous envisagez un renouvellement de matériel, il faut habituellement commencer par des optiques de qualité avant de passer à un boîtier haut de gamme.

Le choix de l’objectif

Il y a objectif macro et objectif macro. D’un côté les véritables optiques dédiées à la macro. Qui sont toujours des focales fixes et permettent d’atteindre le rapport 1/1. Et, habituellement, d’un prix robuste. De l’autre, des zooms permettant une mise au point assez rapprochée, avec des résultats souvent très moyens.
L’amateur peut se planter de deux façons diamétralement opposées. Soit en utilisant une optique inadaptée à la macro, soit, au contraire, en achetant un objectif trop technique pour ses capacités. Un monstre mythique comme le Canon MP-E 65 mm ci-dessous ne donnera pas la moindre image utilisable entre les mains d’un quasi-débutant. Et les longues focales macro de 180 mm réclament aussi un apprentissage.

MPE-65 Photo R. Bartz - Wikimedia Commons

Si vous débutez, les 60 ou 70 macro sont un bon choix… que vous revendrez probablement un jour si le virus de la macro vous a véritablement infecté et que vous êtes devenu un amateur averti. Ou une photographe confirmée.

Le bruit

Si vous utilisez un boîtier qui monte mal en ISO, vous allez rapidement obtenir, en basse lumière un grain, un bruit important sur l’image. Et un grain très fin de votre photo contribue évidemment à l’impression générale de netteté.


2 commentaires on “Reconnaître le flou”

  1. François dit :

    Très bonne introduction pour ce tutoriel qui va devenir un must je sens.
    Merci pour ce travail

  2. darkvador68 dit :

    Pour le bruit, il y a des petits utilitaires qui aident à l’éliminer.


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