Portrait de fleur : le making-of – 4 – la prise de vue

Quatrième et avant dernière partie, ce matin, du tutoriel sur les macro- et proxy-photographies de fleurs en studio. Avec un petit secret de fabrication.

  1. Le mini-studio
  2. L’éclairage
  3. Le matériel de prise de vue
  4. La prise de vue
  5. Le post-traitement
Jacinthe
Canon EOS 40D, 50 mm f/2.5 macro, 1.3 seconde, f/16, 100 ISO

Le portrait en trois vues

Pour sujet de cette étude, une jacinthe fleurie en pot. J’ai toujours eu du mal à réaliser des images intéressantes de cette fleur, aussi ne suis-je pas mécontent du résultat obtenu lors de cette séance-ci. Je procède toujours en trois plans successifs : d’abord la fleur en entier, puis je me rapproche jusqu’à photographier de détails de très près, dans le domaine de la macro.

Choix du fond et de l’éclairage

J’utilise habituellement trois couleurs de fond : un blanc, qui par le jeu de l’éclairage peut paraître gris à volonté ; un noir et enfin un rouge. Dans ce tutoriel, je veux vous montrer, entre autres, la création d’un arrière-plan à halo au post-traitement. Je pars donc sur le fond blanc. J’éclairerai ici ma jacinthe avec la tente à lumière et les lampes 5000° K. Je vous renvoie à la deuxième partie de ce tutoriel pour de plus amples détails sur le matériel d’éclairage utilisé.

Éclairage : les grosses fautes à éviter

Pour la mise en place de votre éclairage, il y a deux règles vraiment impératives à respecter dans (presque) tous les cas, sauf effets spéciaux délibérément recherchés.

Pas de mélanges de lumières. La lumière est principalement caractérisée par sa température de couleur, exprimée en degrés Kelvin. 5000° K pour l’éclairage de mon mini-studio, 6400° K pour une lumière du jour plus ou moins standard. En prenant des images au format RAW, une erreur sur la température de couleur se rattrape assez facilement. Mais pas un mélange de lumières. Si votre sujet est éclairé à la fois par la lumière d’une fenêtre et une lampe de studio, vous allez droit à une dominante sur une partie seulement de la photo. En pratique, fermez les volets de votre mini-studio si vous travaillez en éclairage artificiel. Ou éteignez tout si vous travaillez en lumière naturelle.
Un seul soleil. Les photographes issus d’autres galaxies sont dispensés de cette règle, mais nous autres Terriens éviterons comme la peste les images à deux systèmes d’ombre. Votre éclairage doit donc comporter une source lumineuse principale, qui crée l’ombre et une source secondaire qui éclaircit celle-ci. Mais en aucun cas on ne doit voir deux ombres distinctes pour le même objet.
Dans le cas particulier de la tente à lumière, si vous écartez vos sources lumineuses de la toile, vous obtiendrez un éclairage totalement dépourvu d’ombres (et de reflets). Si au contraire vous les rapprochez, presque à toucher la toile, vous pouvez créer un modelé léger.

Vitesse et vibrations

Nous allons travailler en vitesses lentes. Entre 1/2 et 3 secondes, la plupart du temps. Ceci oblige à quelques précautions particulières, pour éviter des vibrations qui nuiraient au piqué de l’image…
L’appareil est évidemment fixé sur un pied. Et déclenché avec une télécommande. Voir le billet précédent pour plus de détails sur ces matériels. Encore faut-il serrer les divers réglages du pied avant la prise de vue pour éviter une mauvaise surprise…
Votre reflex dispose probablement d’un mode de prise de vue « miroir relevé ». Ceci consiste à dissocier les opérations de relevage et descente du miroir d’une part, et de prise de vue effective d’autre part. Le mouvement du miroir étant source de vibrations, ce mode « miroir relevé » est à utiliser de façon systématique dans la zone des vitesses entre 1/15ème et 5 secondes environ.
Réduire les vibrations signifie également que personne ne doit se déplacer à proximité de votre mini-studio au moment des prises de vue. Et que le photographe prendra soin de rester parfaitement immobile au moment de déclencher. Pour plus de sûreté, je m’assieds habituellement sur une chaise avant de pousser le bouton.

Diaphragme et profondeur de champ

La règle est simple. Plus vous fermez le diaphragme, plus la profondeur de champ, la zone de netteté dans votre image, sera grande. Attention néanmoins à la tentation de « visser à fond ». Dans mon billet sur le paysage dans la neige, je vous avais déjà mis en garde contre le phénomène de diffraction, qui fait chuter sensiblement le piqué de l’image au-delà d’un diaphragme lié à la taille du capteur. C’est pourquoi je m’abstiens de fermer au-delà de f/16.
Si vous avez absolument besoin d’une profondeur de champ plus grande, il faut recourir à une autre méthode. L’assemblage d’une série de photographies, prises à des réglages de distance progressifs pour former une sorte de « panorama en profondeur ». Je réalise ce type d’image au moyen de l’excellent (et gratuit) logiciel Combine-ZM. Voyez un exemple du résultat ci-dessous.

Hêtre rouge
Image composite obtenue avec Combine-Z

N’ayez pas non plus l’obsession de la profondeur de champ maximale. On réalise de très belles macro-photographies en jouant délibérément avec une profondeur de champ courte, et donc un diaphragme plus ouvert. Essayez ainsi l’une ou l’autre vue à f/4 ou f/5.6, surtout de très près.

Exposer à droite

Votre appareil photo répartit fort inégalement les informations qu’il stocke dans ses fichiers entre les zones claires et les zones sombres de l’image. Une énorme partie est consacrée aux zones les plus claires. C’est pourquoi il convient d’exposer l’image autant que possible sans entrer dans la zone de surexposition. Et de bien contrôler les résultats obtenus. Vous pouvez « remonter » les zones sombres au post-traitement et y faire apparaître des détails, mais au prix d’une forte montée du bruit. Par contre, plus rien à faire pour une zone claire « crâmée » qui n’a enregistré aucun détail.
Dans notre cas, la tente à lumière produit un éclairage très peu contrasté, et nous pouvons tranquillement « exposer à droite ». Cette expression vient de la forme de l’histogramme représentant dans Photoshop ou autre les valeurs d’exposition de l’image. Je veux un histogramme dont les pics soient nettement décalés vers la droite, les hautes lumières. L’histogramme ci-dessous montre une surexposition, mais dans des zones du fond qui ne m’intéressent absolument pas.

Histogramme
Histogramme à la limite de la surexposition

Pour arriver à ce résultat, nous pratiquerons donc le bracketing. C’est-à-dire prendre plusieurs photos avec des valeurs différentes d’exposition pour déterminer ensuite quelle est la meilleure et rejeter les autres. Je trouve plus commode en studio de travailler en mode entièrement manuel. Comme c’est la profondeur de champ qui importe le plus pour ce type de photographie, c’est uniquement la vitesses que je vais faire varier pour réaliser mon bracketing.
Votre écran de contrôle, à l’arrière de l’appareil, peut être paramétré de façon à vous indiquer, par des zones noires clignotantes, les parties brûlées de l’image. C’est à dire celles où le blanc pur est atteint. Il n’est absolument pas gênant que le fond blanc soit… blanc.

Contrôle d'exposition
Contrôle de l’exposition – Crop 100%

Le point à surveiller, en agrandissant cette image de contrôle, est la perte de détails dans les pétales situés en périphérie de la fleur, juste sur le fond blanc. C’est ce détail précis de l’image que montre la photo ci-dessous. Si les contours commencent à être « mangés » par le blanc, il faut diminuer l’exposition. Vous choisirez en pratique l’image la plus exposée avant l’apparition de ce défaut, comme celle présentée ici.

Sensibilité

Est-il besoin de préciser que, pour une qualité d’image optimale, la valeur ISO sera toujours réglée au minimum ? Sur mon boîtier, 100 ISO.

Pixels utiles, faux fonds et cadrage flottant

Pour finir, une technique qui pourra vous sembler curieuse, mais qui permet d’améliorer amplement la qualité de vos photos. Et que je m’étonne fort de ne pas avoir lue ailleurs.
Nous travaillons sur fond blanc. Avec un mini-studio de taille limité. Un matériel d’éclairage amateur. Pourquoi, dans ce cas, ne pas consacrer toute la surface de la photo prise aux détails utiles de la fleur, en recréant dans Photoshop les zones de fond manquantes ?
Cette solution radicale n’a pour moi que des avantages :
Tous les pixels disponibles de l’appareil photo sont consacrés aux détails de sujet. Le gain de qualité est important, comme si vous faisiez une photo normale avec un capteur nettement plus grand.
Je ne suis plus limité dans mes cadrages par la taille et la forme de ma tente à lumière ou mon mini-studio. Un cadrage horizontal 16/9ème avec une fleur fortement décentrée sur la gauche m’est ainsi permis sans difficulté.
Je n’ai plus à éclairer de façon homogène qu’une zone réduite de mon arrière-plan, ce qui est beaucoup plus aisé avec le matériel dont je dispose.

Ainsi, la jacinthe au format carré n’a pas du tout subi un recadrage pour arriver à ce rapport 1/1. Il s’agit tout au contraire de l’extension au post-traitement d’une photo prise verticalement à l’origine. Je vous montrerais dans le prochain (et dernier) épisode de cette série la façon de réaliser cette manipulation, très simplement, dans Photoshop.

Cadrage flottant
Cadrage flottant

En pratique, je réalise à la prise de vue ce que j’appelle un cadrage flottant. Un cadrage sur trois côtés seulement. Je cadre ma fleur de façon à ce qu’elle remplisse l’image au maximum, en réservant seulement l’espace voulu pour la respiration de la photo en haut, en bas et à gauche. L’espace manquant sur la droite sera recréé ultérieurement. Pour la jacinthe carrée, donc, la prise de vue initiale est verticale, et peu importe que je souhaite au final une image finale carrée ou horizontale en 16/9ème. Voyez la différence entre prise de vue initiale et image finale dans l’exemple ci-dessus : à gauche, ce qui a été photographié, à droite la zone rajoutée.


10 commentaires on “Portrait de fleur : le making-of – 4 – la prise de vue”

  1. […] par Portrait de fleur : le making-of – 4 – la prise de vue « PHOTOS_PK — Dimanche 20 janvier 2008 @ […]

  2. yOyO dit :

    Bien le bnjour,

    Merci pour le petit mots sur mon blog.

    Ce tuto est franchement génial, bien detaillé et plein de bonne idées.
    Pour cela, je t’adresse un grand merci.

    A tres vite,
    Yoan

  3. Pierre dit :

    Merci à toi, Yoan. Comme tout le monde, j’ai besoin de quelques encouragements pour continuer dans cette voie-là. Mais je pense qu’il faudra attendre samedi prochain pour le dernier épisode. Mine de rien, ça prend un peu de temps, ces affaires-là.

  4. petitemaikress dit :

    je comprends rien, mais c’est très bien papa !

  5. Pierre dit :

    Merci à toi ma puce. Donc la technique photo, c’est du chinois ou de l’hébreu ?

  6. petitemaikress dit :

    Du boutanais, du boutanais papa

  7. Mymy dit :

    Bonjour,

    Je suis très admiratrice devant tes photos de fleurs. moi qui suis très passionnée pas les plantes (et en particulier les orchidées), je rêve de faire d’aussi belle photos que toi.

    Est-ce que tu pourrais nous (me) dévoiler tes secrets de post-traitement pour avoir ce si beau rendu gris autour des fleurs?

    D’avance merci pour ta réponse (quelle qu’elle soit)

    Meilleures salutations
    Mymy

  8. Emmanuel dit :

    Salut Pierre, un beau tuto que tu as réalisé et dont je m’inspirerai très certainement à l’avenir…
    Grand merci😉

    à + sur macro-photo et cordialement,
    Emmanuel

  9. Pierre dit :

    Merci de ton passage, Emmanuel et de ce sympathique commentaire.

  10. Fleur dit :

    Alors là bravo!.. C’est exactement le tutorial que je cherchais et qu’il me fallait!!! A la portée de l’ « amateur » que je suis, bien détaillé avec les petits trucs du pro!… Merci encore!!

    Penses tu pouvoir nous faire un petit topo sur le post-traitement? Sur tes technques de retouche avec des logiciels style photoshop?


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