Paysages de neige : quelques recettes – 2

La prise de vue

Deuxième temps, donc de ce pense-bête sans prétention sur la photo de neige.

  1. Le matériel
  2. La prise de vue
  3. Post-traitement : les niveaux
  4. Post-traitement : une touche de contraste

Je ne reviens pas sur la question de la composition du paysage. Ceux qui veulent rafraîchir leurs connaissances (et lisent l’anglais) pourront utilement butiner sur le site photoinf.com, qui présente de nombreux articles touchant à la composition, et tout particulièrement :

Nous nous consacrerons plutôt à la recherche d’une bonne exposition pour notre photo. Guère d’illustrations cette fois. Et un complément indispensable si vous ne connaissez pas sur le bout des doigts tous les menus de votre appareil : le manuel d’utilisateur. Vous pourriez même essayer de faire toutes les manipulations, bien au chaud, en lisant ce billet, avant de vous y attaquer dans la neige et le froid…

Je vais essayer de présenter les choses aussi simplement que possible, dans une perspective toute pratique. Au prix d’un bon nombre d’approximations. Si vous voulez lire des données plus sérieuses, je vous recommande de vous référer aux articles qui m’ont servi de sources, et dont les références émaillent ce billet.
Comme l’avez vu, les exemples de cette série sont des paysages neigeux sans soleil, par temps de brume, avec un contraste minimal. Si vous laissez votre appareil photo numérique déterminer l’exposition, sans réglages manuels, vous n’obtiendrez pas de bons résultats.

Le mode de réglage
Suivant les modèles, vous avez le choix entre quatre modes d’exposition principaux : programme ou automatique ; priorité vitesse ; priorité diaphragme ; manuel. Pour la photographie de paysage, seuls les modes priorité diaphragme et manuel sont, à priori, à utiliser.

Le format de l’image
Pour réaliser un paysage dans des conditions difficiles, vous aurez besoin de tous les pixels que votre appareils peut fournir. Et ce sera même un peu juste, dans de nombreux cas… Pas d’hésitation : taille maximale de l’image.
Il vous faudra également pouvoir apporter des corrections importantes à l’image après la prise de vue : contraste, couleur, voire exposition. Pas d’hésitation non plus, le format RAW s’impose.

Le gris 18%
Le système de mesure de la lumière, dans votre APN, est grosso-modo calibré en partant du principe que toute photo peut se ramener à une valeur de gris moyenne, le fameux gris 18%. Dans l’échelle de gris ci-dessous, le gris moyen correspond à la zone 5.

Ainsi, une image globalement très claire, comme nos paysages de neige, a dans la réalité des valeurs dans les gris clairs (zone 7 ou 8). Elle sera traduite avec les réglages par défaut en gris moyen (zone 5). Donc beaucoup trop sombre. Une image globalement très sombre, comme par exemple le portrait d’un mannequin éthiopien devant un fond noir (zone 3), sera elle aussi traduite avec les réglages par défaut en gris moyen. Donc beaucoup trop claire.
Votre APN, tout perfectionné qu’il soit, se trouve fort dépourvu quand les scènes à reproduire sortent vraiment de la norme. A vous donc de re-prendre la main.

Correction manuelle
Tous les appareils dignes de ce nom proposent une commande de correction manuelle de l’exposition. Si vous n’avez pas encore découvert cette fonction, il est grand temps de vous replonger dans votre manuel d’utilisation… La correction à apporter est d’habituellement 1,5 à 2 EV.

L’EV ou exposure value mesure la lumière reçue par le capteur. Chaque augmentation d’une unité signifie que la quantité de lumière double. Chaque diminution, qu’elle est réduite de moitié. Voyez l’article de Wikipédia sur l’APEX pour des explications plus complètes et de belles formules…
L’utilisation des EV permet de poser l’équivalence entre ouvertures du diaphragme de l’objectif, vitesse d’obturation et sensibilité ISO. Ainsi, passer de l’ouverture de f/5.6 à f/4 ou de la vitesse de 1/200ème à 1/100ème de seconde ou de la sensibilité de 100 ISO à 200 ISO sont trois opérations qui reviennent strictement au même en terme de lumière reçue par le capteur. Toutes trois font doubler l’exposition, ou, ce qui est équivalent, appliquent une correction de +1EV.

Surexposer volontairement de 2 EV revient à quadrupler l’exposition : ouvrir de deux graduations le diaphragme, diviser par quatre la vitesse d’exposition ou quadrupler la sensibilité.
En pratique, la façon dont votre APN applique cette correction va dépendre du mode dans lequel vous l’avez réglé. Si vous êtes en "Priorité diaphragme", il va quadrupler le temps de pose. Si vous êtes en mode "Priorité vitesse", il va ouvrir le diaphragme de deux graduations, ou f/stop.

Contrôle du résultat
Une fois la photo prise, contrôlez le résultat. Votre APN peut le plus souvent afficher l’image en indiquant, par des zones noires clignotantes, les parties surexposées de l’image. Si elles occupent des zones importantes de l’image, diminuez l’exposition. Si vous n’en voyez pas, essayez d’augmenter l’exposition jusqu’à l’apparition de quelques tout petits points clignotants, pas plus.
Certains appareils, calibrés pour éviter à tout pris les hautes lumières brûlées, comme le Nikon D70, affichent les surexpositions de façon un peu excessive.

Bracketing
Le braketing est une technique courante, qui consiste à faire plusieurs photos du même sujet, avec des réglages d’exposition différents. La plupart des reflex numériques permettent de prendre automatiquement trois vues avec des écarts programmés de 0.3 EV à 2 EV. Si vous ne pratiquez pas encore le braketing, retour au manuel de l’utilisateur de votre APN…

Le bracketing "de base" ne nous sera pas ici d’une grande utilité. A quoi serviraient trois photos prises à -1EV et +1EV autour du fameux gris moyen ? Il faut donc combiner correction manuelle et bracketing. Par exemple en programmant un braketing de 0.5 EV autour d’une correction de +1.5 EV.

Le diaphragme à utiliser
Sauf recherche d’effets particuliers, le paysage demande une profondeur de champ maximale : tous les plans de l’image doivent sembler nets. On serait donc tenté de "visser à fond", c’est-à-dire de fermer l’objectif au maximum. Pour obtenir une profondeur de champ maximale, du côté de f/22 ou f/32.
Malheureusement, un phénomène physique fort déplaisant intervient : la diffraction (voir article Wikipédia) Celle-ci provoque une chute sensible de la netteté de l’image quand on ferme l’objectif au-delà d’une certaine valeur, déterminée en pratique par la taille du capteur et les qualités optiques de l’objectif.

Les valeurs à ne pas dépasser varient suivant les auteurs. Pour un capteur APS-C (la plupart des reflex numériques) on indique le plus souvent f/11. Pour les capteurs 24×36, comme celui du Canon EOS 5D, un diaphragme de plus.
Voyez ici quelques tests dans un article en français. Et un article anglais nettement plus détaillé, avec un calculateur en ligne.

La vitesse à utiliser
Si vous n’utilisez pas de pied, il va falloir prendre garde au flou de bougé. Celui-ci dépend de trois facteurs : la focale de l’objectif, le nombre de pixels du capteur et l’aptitude du photographe à tenir fermement son APN. En pratique, on part habituellement de la règle suivante : la vitesse minimale est de 1 divisé par la focale. Soit 1/200ème avec un objectif de 200mm ou 1/35ème avec un 35mm. A vous de faire des essais pour déterminer vos propres vitesses minimales. En n’oubliant pas que le froid et la fatigue auront tendance à vous faire trembler.
Attention aussi au braketing, qui peut vous faire par mégarde descendre sous la vitesse minimale. Un pied, vous disais-je…

La sensibilité à utiliser
Pas d’hésitation : la plus basse disponible sur votre APN. Sauf si, bien sûr vous travaillez à main-levée et que cela devait vous faire passer sous la vitesse limite du flou de bougé.

Pour aller plus loin : le Zone system
Le Zone system est une méthode de travail mise au point par le légendaire photographe paysager Ansel Adams pour contrôler l’exposition de façon parfaite. Elle peut s’adapter à nos appareils numériques au prix de quelques simplifications. Et permet en tout cas de bien maîtriser les corrections manuelles à apporter à l’exposition proposée par les systèmes de mesure intégrés. Je vous recommande un article en français, très simple et une présentation récente, en anglais, très bien documentée.

En résumé :
Format RAW – diaphragme à f/11 ou f/16 – bracketing 0.5 EV autour d’une correction de +1.5 EV – Sensibilité ISO au minimum

Paysage de neige
Canon EOS 40D, 17-40 mm f/4 L à 27 mm, 1/80ème, f/9, 320 ISO
About these ads

4 Commentaires on “Paysages de neige : quelques recettes – 2”

  1. [...] par Paysages de neige : quelques recettes – 2 « PHOTOS_PK — Samedi 29 décembre 2007 @ [...]

  2. Focale dit :

    Il va probablement neiger demain :-) Je vais pouvoir essayer.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s